Crème cortisone et eczéma : le mode d’emploi des dermocorticoïdes
15 octobre 2026 · Natalia KirstenLe tube est là, dans le tiroir de la salle de bain. Votre médecin vous l’a prescrit, et pourtant vous hésitez à l’ouvrir. « Cortisone » : le mot fait peur, je l’entends presque à chaque consultation. Ce que je réponds : la cortisone n’est ni un poison, ni une solution pour toujours. Pendant une poussée d’eczéma, il est nécessaire de l’utiliser pour réduire rapidement les rougeurs et les démangeaisons intenses. Entre les poussées, ce n’est plus son rôle. Bien l’utiliser, c’est surtout une question de dose et de durée.
L’essentiel sur la crème à la cortisone
- Les dermocorticoïdes (crèmes à la cortisone) sont le traitement de première intention d’une poussée d’eczéma. Ils calment l’inflammation, ils ne guérissent pas l’eczéma.
- Une seule application par jour, le soir, sur les plaques. Pour doser : une ligne de crème sur le bout de l’index suffit pour une plaque grande comme deux paumes de main.
- Une cure dure en moyenne 8 à 15 jours. Si la plaque n’a pas nettement reculé après deux semaines, revoyez votre médecin.
- Bien utilisés, ils sont bien tolérés. Un effet comme l’amincissement de la peau n’apparaît qu’après des mois de traitement sans arrêt, très loin des protocoles prescrits. Même répétée pendant des années, une utilisation avec des pauses ne laisse en général aucun effet indésirable.
- Entre les poussées, la base reste un soin quotidien neutre, sans cortisone.
Dermocorticoïdes : de quoi parle-t-on ?
C’est le nom médical de la crème, de la pommade, de la mousse ou du shampoing à la cortisone. Il contient une molécule proche du cortisol, une hormone que notre corps fabrique chaque jour. Pour l’eczéma atopique, c’est le traitement de première intention : il calme l’inflammation, les rougeurs et les démangeaisons intenses.
Il agit là où vous l’appliquez et passe très peu dans le sang. Le Dr Jean-Marc Chavigny, dermatologue au Centre Pasteur à Nantes, le rappelle : « Quand on prend un corticoïde par la bouche, on prend des doses beaucoup plus importantes, de l’ordre de 50 à 100 fois plus que quand on met un corticoïde sur la peau. »
Il en existe quatre classes. Votre médecin choisit selon la zone, l’âge et l’épaisseur des plaques.
| Classe | Puissance | Exemples de molécules |
|---|---|---|
| I | Très forte | Clobétasol |
| II | Forte | Bétaméthasone (valérate ou dipropionate), hydrocortisone butyrate |
| III | Modérée | Désonide |
| IV | Faible | Hydrocortisone |
Je ne déconseille jamais la cortisone à une patiente qui en a besoin. Elle calme la poussée, mais ne répare pas ce qui fragilise la peau en dessous : une barrière cutanée abîmée et un microbiome déséquilibré. On en parle plus loin, c’est important.
Comment appliquer une crème à la cortisone ?
Une seule fois par jour, de préférence le soir. Pour les crèmes fortes, en mettre deux fois par jour ne marche probablement pas mieux.
- Commencez dès les premières rougeurs, sans attendre que la plaque s’étende.
- Mettez-la seulement sur les plaques, pas sur la peau saine autour. Chez le bébé, sous la couche, mettez-la le matin plutôt que le soir.
- Continuez chaque soir jusqu’à ce que la peau soit redevenue normale : plus de démangeaisons, plus de rougeur, plus de suintement, et une peau lisse au toucher. En moyenne, cela prend 8 à 15 jours. Si la plaque s’améliore, continuez jusqu’au bout : une plaque encore rêche n’est pas guérie. Si au bout de deux semaines elle n’a pas nettement reculé, n’insistez pas : revoyez votre médecin.
Combien en mettre ? Faites sortir une ligne de crème sur votre index, du bout du doigt jusqu’au premier pli. Cette dose (0,5 g), appelée « unité phalangette », suffit pour une plaque grande comme deux paumes de main.

Faut-il diminuer petit à petit avant d’arrêter ? Non. Vous arrêtez quand la peau est redevenue normale, sans diminuer petit à petit. C’est ce que je conseille, et c’est d’ailleurs ce que font spontanément la plupart des patients : les plaques rétrécissent, vous mettez de moins en moins de crème, puis vous arrêtez.
Sur une plaque qui suinte, on préfère une crème ; sur une plaque sèche ou épaisse, une pommade ; sur le cuir chevelu, une mousse ou un shampoing. En savoir plus sur l’eczéma suintant.
Trop peu de crème reste le piège le plus fréquent. Dans une étude française publiée dans le British Journal of Dermatology, 80,7 % des 208 patients adultes et parents d’enfants interrogés avaient des craintes vis-à-vis des dermocorticoïdes, et 36 % reconnaissaient ne pas suivre leur traitement comme prescrit. Une crème appliquée trop peu donne une poussée qui traîne.
Avant de quitter le cabinet, posez ces 5 questions
- Sur quelles zones l’appliquer, et lesquelles éviter ?
- Combien en mettre, et combien de tubes pour la cure ?
- Au bout de combien de jours revenir si la plaque ne s’améliore pas ?
- À quel moment l’arrêter ?
- Faut-il ensuite un traitement d’entretien, et à quel rythme ?
Notez les réponses sur l’ordonnance. Notez aussi combien de tubes vous utilisez : si ça ne marche pas, c’est la première chose que votre médecin voudra savoir.
Bon à savoir
- Sur le visage et dans les plis, la peau est plus fine : on y utilise en général une crème modérée (classe III), et jamais sans avis médical. Les paupières demandent encore plus de prudence. C’est pour cela que je prescris des crèmes de classes différentes selon la zone : ne prenez pas le traitement d’un proche, et ne donnez pas le vôtre.
- Si la plaque se couvre de croûtes jaunâtres, de petites bulles ou d’écorchures qui suintent, n’appliquez rien avant d’avoir vu un médecin : la peau est peut-être infectée.
- Enceinte, les études n’ont pas montré de lien entre les dermocorticoïdes et des problèmes de grossesse ou d’accouchement. Signalez-la quand même à votre médecin.
Et si la plaque ne disparaît pas ?
Ne continuez pas indéfiniment. Si la plaque n’a pas nettement reculé après deux semaines bien suivies, revoyez votre médecin et dites-lui combien de tubes vous avez utilisés. Quelque chose entretient la plaque. Les pistes à vérifier avec lui :
- la quantité appliquée est trop faible, ou le traitement s’arrête trop tôt et la poussée repart ;
- la crème n’est pas assez puissante pour une plaque épaisse ;
- la peau s’est infectée ;
- un produit appliqué sur la peau entretient l’eczéma.
Cette dernière piste, l’allergie de contact, est souvent oubliée. Elle peut venir d’un parfum, d’un conservateur, d’un composant d’une crème, et plus rarement du corticoïde lui-même.
Allergie de contact
C’est une allergie à une substance posée sur la peau. Elle donne de l’eczéma à l’endroit du contact, souvent un à plusieurs jours après. Elle n’a rien à voir avec l’allergie aux pollens ou aux acariens.
Pour la trouver, le test le plus parlant se fait souvent au quotidien : arrêter le produit suspect et observer la peau. Des tests épicutanés (patch-tests) existent, mais une peau abîmée est bien plus réactive et peut alors réagir à beaucoup de choses. Quand un eczéma résiste, je cherche ce qui l’entretient plutôt que d’augmenter la cortisone.
Effets secondaires potentiels de la crème à la cortisone sur l’eczéma
Bien utilisés, les dermocorticoïdes sont bien tolérés. Les effets indésirables existent, mais ils viennent d’un usage trop long, trop fort ou sur une zone fragile.
| Effet | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|
| Peau plus fine | L’effet le plus fréquent, sur la zone traitée. Il régresse en général à l’arrêt. |
| Vergetures | Surtout sur les cuisses, la poitrine ou le ventre, après un usage prolongé. |
| Rougeurs, petits vaisseaux, boutons | Surtout sur le visage, après une application prolongée et non indiquée : une crème mise sans avis médical, ou une crème prescrite pour le corps et appliquée sur le visage, alors que le diagnostic n’est pas le même. |
| Syndrome de sevrage (« peau rouge ») | Rare. Voir ci-dessous. |
La vérité ? Le syndrome de sevrage existe, et je préfère en parler franchement. Après l’arrêt d’une utilisation très prolongée, et souvent inappropriée, la peau devient rouge, brûle et démange, parfois au-delà de la zone traitée. Selon l’agence britannique du médicament (MHRA), il survient après un usage prolongé de crèmes moyennes à fortes : plus d’un an d’application au moins quotidienne chez l’adulte, parfois 2 mois seulement chez l’enfant, le plus souvent sur le visage ou les organes génitaux. Si votre peau s’aggrave dans les deux semaines qui suivent l’arrêt, ne remettez pas de crème sans l’avis de votre médecin.
Peut-on l’utiliser sur le long terme ?
Pas tous les jours. Une application quotidienne qui dure des mois n’est pas un traitement de fond, et c’est elle qui expose aux effets indésirables.
Quand les poussées reviennent aux mêmes endroits, le dermatologue peut proposer un traitement d’entretien : une fois la peau guérie, la crème est appliquée deux jours de suite par semaine, par exemple le week-end, sur ces zones seulement. D’après une grande synthèse Cochrane sur l’usage des dermocorticoïdes, ce rythme réduit probablement le nombre de poussées. C’est un schéma précis, décidé avec lui. Je le prescris souvent pour les eczémas assez sévères, qui ne demandent pas encore d’autres traitements, sur 6 mois maximum. S’il n’aide pas, ou si l’eczéma revient vite, on ne refait pas l’ordonnance une deuxième fois : c’est en ce sens que la cortisone n’est pas un traitement à long terme.
Si votre peau ne reste calme qu’avec de la cortisone presque tous les jours, d’autres traitements existent, sur prescription : le tacrolimus en pommade, sans cortisone, utile notamment sur le visage, et pour les formes sévères, des biothérapies en injection ou d’autres traitements ciblés prescrits à l’hôpital.
Entre les poussées : que mettre sur la peau ?
Un soin neutre, sans parfum, tous les jours, même quand la peau va bien. Si une crème pique ou brûle à chaque application, ne forcez pas : un produit mal toléré peut entretenir l’eczéma.
Entre deux poussées, la peau semble guérie. Elle reste pourtant fragile : sa barrière cutanée retient moins bien l’eau, et son microbiome, l’ensemble des bactéries qui vivent à sa surface, est souvent déséquilibré, avec un staphylocoque doré trop présent. C’est ce que la cortisone ne répare pas, et c’est pour cette période que j’ai développé la crème WundrME™. Elle s’occupe de la cause, pas seulement de la crise : ses paraprobiotiques (des bactéries inactivées dont la structure est préservée) soutiennent l’équilibre du microbiome cutané, et ses céramides renforcent la barrière cutanée. Avec la technologie QT ShieldMe™, elle a montré 99,99 % de réduction de l’adhésion de Staphylococcus aureus en 24 h, in vitro. Concrètement, la sensation de démangeaison et les rougeurs visibles diminuent : un apaisement est rapporté dès les premiers jours d’utilisation régulière, et il faut compter 3 à 4 semaines pour une peau visiblement plus stable. Sans cortisone, elle s’utilise matin et soir, dans la durée, sans effet rebond ni accoutumance, en complément de votre traitement. Pendant une poussée, appliquez d’abord le traitement prescrit, puis WundrME™ quelques minutes plus tard, ou à un autre moment de la journée.
Ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui
- Relisez votre ordonnance : zones, quantité, durée, arrêt. S’il manque une réponse, appelez votre médecin.
- Pendant une poussée, appliquez le traitement chaque soir, à la bonne dose, jusqu’à ce que la peau soit lisse.
- Entre les poussées, gardez un soin quotidien neutre. Lire l’article sur la routine de soin pour peau atopique.
Consultez votre médecin ou votre dermatologue si :
- la plaque n’a pas nettement reculé après deux semaines de traitement bien suivi ;
- des croûtes jaunâtres apparaissent, ou si vous avez de la fièvre ;
- des petites bulles douloureuses et regroupées apparaissent : sur une peau atopique, une infection par l’herpès demande un avis rapide ;
- votre peau s’aggrave après l’arrêt de la cortisone, ou vous en avez besoin presque en continu.
Pour le quotidien, entre deux poussées : découvrir comment WundrME™ a été développée.
Sources
- Aubert-Wastiaux H, Moret L, Le Rhun A et al. Topical corticosteroid phobia in atopic dermatitis: a study of its nature, origins and frequency. British Journal of Dermatology, 2011.
- Association française de l’eczéma. Crème à cortisone pour soigner la dermatite atopique (réponses du Dr Jean-Marc Chavigny).
- MHRA. Topical corticosteroids: information on the risk of topical steroid withdrawal reactions. Drug Safety Update, 2021.
- Cochrane Library. Strategies for using topical corticosteroids in children and adults with eczema.
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