Dermatite atopique sévère : symptômes et traitements
15 octobre 2026 · Natalia KirstenLes démangeaisons ne s’arrêtent presque plus. Les plaques couvrent les plis, le cou, parfois le visage, et le grattage coupe chaque nuit. La crème à la cortisone calme une poussée, puis la suivante arrive avant que la peau ait guéri. À l’hôpital, en Allemagne, j’ai suivi pendant des années des patients dans cette situation. Beaucoup pensaient avoir tout essayé. Aujourd’hui, des traitements ciblés permettent à la majorité d’entre eux de retrouver une peau calme.
La dermatite atopique sévère en bref
- Environ 10 % des personnes atteintes de dermatite atopique ont une forme sévère.
- Les symptômes sont ceux d’une forme légère, en plus intense : démangeaisons presque permanentes, plaques étendues, nuits hachées.
- Quand les crèmes ne suffisent plus, il existe des médicaments ciblés : les biothérapies, en injection, et les anti-JAK, prescrits à l’hôpital.
- L’émollient reste la base des soins, même sous traitement.
- Fièvre, croûtes jaunes ou petites bulles douloureuses regroupées : consultez rapidement.
Qu’est-ce qu’une dermatite atopique sévère ?
C’est la même maladie que l’eczéma atopique, à son degré le plus intense. Elle concerne environ 10 % des personnes atteintes de dermatite atopique.
L’étendue des lésions ne suffit pas à la définir. Le dermatologue tient aussi compte des démangeaisons et de leur effet sur le sommeil et la qualité de vie. Un eczéma qui vous empêche de vivre normalement, malgré un traitement bien suivi, est déjà un signe de sévérité. Il s’appuie enfin sur un score :
| Repère | Forme légère | Forme modérée | Forme sévère |
|---|---|---|---|
| Score EASI (sur 72), utilisé en consultation | Jusqu’à 7 | Jusqu’à 21 | Plus de 21 |
| Ce que vous vivez | Quelques zones sèches, démangeaisons de temps en temps | Plaques rouges, démangeaisons fréquentes | Démangeaisons presque permanentes, plaques étendues qui suintent ou saignent, nuits perturbées |
En savoir plus sur les scores de sévérité de la dermatite atopique.
Définition : le traitement systémique
C’est un médicament qui agit dans tout le corps, pris par la bouche ou en injection, et pas seulement là où on l’applique. Le dermatologue le propose quand les crèmes ne suffisent plus. Il demande un suivi médical régulier.
Mon conseil : préparez votre consultation
Pendant une semaine, notez chaque nuit perturbée par les démangeaisons. Photographiez vos plaques au moment où elles sont les plus visibles : le jour du rendez-vous, elles auront peut-être pâli. Et comptez les tubes de crème à la cortisone utilisés le mois dernier. Avec ces repères, votre dermatologue évalue plus facilement la sévérité de votre eczéma.
Quels sont les symptômes d’une forme sévère ?
Ce sont ceux de toute dermatite atopique, en plus fort, avec peu de répit entre deux poussées :
- des démangeaisons intenses, presque permanentes, qui réveillent la nuit ;
- des plaques rouges sur plusieurs zones à la fois : plis, cou, visage, mains ;
- une peau qui suinte, se couvre de croûtes, se fissure ou saigne ;
- une lichénification : à force de grattage, la peau s’épaissit, fonce et se marque de lignes en quadrillage.
Vous vous reconnaissez ? En consultation, les patients me parlent rarement d’abord de leurs plaques. Ils me parlent de leurs nuits. Le manque de sommeil entraîne la fatigue, un stress chronique, parfois une dépression, et pèse sur le travail comme sur la vie de famille.
Les formes sévères s’accompagnent souvent d’asthme ou de rhinite allergique (nez qui coule, éternuements). Signalez-les : elles comptent dans le choix du traitement.
Bon à savoir
Les formes sévères existent aussi chez le nourrisson et l’enfant, mais les médicaments autorisés diffèrent selon l’âge : c’est le pédiatre ou le dermatologue qui décide. Lire l’article sur l’eczéma de l’enfant.
Quels traitements quand les crèmes ne suffisent plus ?
Le dermatologue propose un traitement systémique. Les soins locaux continuent en parallèle : émollient tous les jours, crème à la cortisone pendant les poussées.
| Traitement | Comment il se prend | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Photothérapie | Séances de lumière (UV), surtout à l’hôpital | Efficace à court terme, mais elle augmente le risque de cancer de la peau, surtout dans une région aussi ensoleillée que la nôtre. Je la propose rarement. |
| Ciclosporine | Comprimés | Agit vite, sur une durée limitée (en général de 2 mois à 1 an). Surveillance de la tension et des reins. L’eczéma peut revenir à l’arrêt. |
| Biothérapies (dupilumab, tralokinumab, lebrikizumab, nemolizumab) | Injection sous la peau, que l’on apprend très vite à faire soi-même (le passage d’une infirmière est rarement nécessaire) | Bien tolérées. Possibles rougeurs au point d’injection. |
| Anti-JAK (baricitinib, upadacitinib, abrocitinib) | Prescription réservée à l’hôpital | Prise de sang avant. Plus d’effets indésirables que les biothérapies. Prudence après 65 ans, chez les fumeurs, en cas de risque cardiovasculaire ou de cancer. En savoir plus sur les précautions européennes sur les anti-JAK. |
Les biothérapies sont des anticorps fabriqués en laboratoire : elles bloquent un messager précis de l’inflammation, une interleukine. Les anti-JAK sont des « petites molécules » : des médicaments qui bloquent, dans les cellules, des enzymes appelées Janus kinases, par où passent plusieurs signaux de l’inflammation.
Les résultats sont nets : entre 60 et 70 % des patients traités voient leur score EASI s’améliorer de plus de 75 %. L’effet est souvent très rapide. En pratique, je prescris d’abord le traitement pour 3 mois, puis je revois le patient pour confirmer que la molécule lui convient avant de la prescrire au long cours. En attendant qu’elle agisse, les crèmes à la cortisone peuvent continuer.
La vérité ? Je vois encore des patients qui vivent des années avec une forme sévère sans connaître ces traitements : les biothérapies restent trop peu connues, même si cela commence à changer. Si c’est votre cas, demandez à votre médecin traitant de vous orienter vers un dermatologue.
Bon à savoir
Et la cortisone en comprimés ? Elle calme vite une forte poussée, et elle est souvent prescrite pour cela, sur une courte durée. Ce qu’il faut éviter, c’est de répéter les cures : ce n’est absolument pas une solution à long terme.
Bon, maintenant la vraie question : comment choisir ?
Biothérapie ou anti-JAK : comment choisir ?
Aucun traitement n’est le meilleur pour tout le monde. Le dermatologue choisit avec vous selon votre âge, vos autres maladies, un projet de grossesse. À l’hôpital, en Allemagne, j’ai beaucoup prescrit ces traitements, biothérapies comme anti-JAK : ce recul m’aide aujourd’hui à choisir la bonne molécule pour chaque patient.
En France, la biothérapie reste le premier choix. Une étude nationale publiée en 2025 dans les Annales de dermatologie et de vénéréologie a suivi 18 894 adultes atteints de dermatite atopique sévère qui débutaient un traitement ciblé entre 2018 et 2023 : 92 % ont commencé par une biothérapie, 8 % par un anti-JAK.
Chez l’adulte, ces traitements ciblés sont pris en charge quand la ciclosporine n’a pas marché, a été mal tolérée ou est contre-indiquée. Les recommandations françaises de 2025 les placent pourtant au même niveau qu’elle : ce cadre doit être réévalué.
Avant de commencer, signalez à votre dermatologue :
- les vaccins prévus, un projet de grossesse ou un allaitement ;
- un asthme, une maladie du foie ou des reins, une opération prévue ;
- pour un anti-JAK, votre tabagisme et vos antécédents cardiovasculaires ou de cancer.
Au quotidien, comment protéger sa peau ?
Le traitement calme l’inflammation, mais la peau reste sèche et sa barrière cutanée, la couche qui retient l’eau et bloque les irritants, reste fragile. Les soins continuent, même quand tout va mieux.
Mon conseil de dermatologue
- Une seule douche par jour, courte, à l’eau tiède, avec un nettoyant sans savon.
- Séchez en tamponnant, puis appliquez l’émollient sur tout le corps, une à deux fois par jour.
- Sur les zones qui rechutent toujours, votre dermatologue peut prescrire un traitement d’entretien, 2 à 3 fois par semaine.
- Gardez les ongles courts.
- Portez du coton ou de la soie, et évitez la laine.
Lire l’article sur la routine de soin des peaux atopiques.
Si l’eczéma pèse sur votre moral, dites-le à votre médecin. L’Association française de l’eczéma organise aussi des rencontres et des ateliers entre patients.
Pour ce quotidien des peaux à tendance atopique, j’ai développé la crème WundrME™. Sans cortisone, elle s’applique matin et soir, en complément du traitement prescrit : ses paraprobiotiques soutiennent l’équilibre du microbiome cutané et ses céramides renforcent la barrière cutanée. Elle ne remplace pas le traitement d’une forme sévère : parlez-en à votre dermatologue. Je vous explique ici ce qu’elle apporte à côté de votre traitement.
Découvrir pourquoi WundrME™ a été développée
Que faire maintenant, et quand consulter ?
Ne restez pas seule face à une forme sévère. Cette semaine, notez vos nuits, photographiez vos plaques, comptez les tubes de cortisone utilisés le mois dernier et prenez rendez-vous avec un dermatologue. Si une poussée éclate d’ici là, voici comment la calmer.
Consultez rapidement si :
- les démangeaisons vous empêchent de dormir ;
- vous avez besoin de cortisone presque en continu, ou de plus de 4 tubes de 30 g par mois d’une crème forte ;
- les plaques se couvrent de croûtes jaunâtres, ou vous avez de la fièvre ;
- des petites bulles douloureuses et regroupées apparaissent, surtout après un contact avec un bouton de fièvre : l’herpès peut être grave sur une peau atopique. Consultez le jour même.
Sources
- Société française de dermatologie. Quoi de neuf sur la dermatite atopique ? Communiqué de presse du 10 septembre 2024 (Dr Marie Jachiet, hôpital Saint-Louis).
- Société française de dermatologie. De nouvelles recommandations de la SFD dans la dermatite atopique. Communiqué de presse du 11 mars 2025.
- Association française de l’eczéma. Qu’appelle-t-on une dermatite atopique sévère ? 2024.
- Agence européenne du médicament. L’EMA confirme les mesures visant à réduire au minimum le risque d’effets indésirables graves avec les inhibiteurs de Janus kinase. Janvier 2023.
- Gundelwein M, Neildez M, Kerbrat S et al. Utilisation des traitements systémiques de la dermatite atopique sévère entre 2018 et 2023, à l’échelle nationale française. Annales de dermatologie et de vénéréologie – FMC, 2025.
- Haute Autorité de santé. Dupixent (dupilumab), dermatite atopique. Avis de la Commission de la transparence, février 2024.
- Assurance Maladie. Dermatite atopique : que faire et quand consulter ?
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